dimanche 28 avril 2019

De la Belgique au Canada – Comme une bouteille à la mer


Il faut que je vous avoue un secret un peu honteux pour un(e) généalogiste. Quand je bloque sur un personnage de ma généalogie, quand je ne sais plus où chercher, je me retourne vers mon ami le moteur de recherche.

C’est de cette manière que j’ai découvert la vie mouvementée d’Emilie Deharveng, l’héroïne de mon premier rendez-vous ancestral publié sur Facebook. Je n’arrivais pas à trouver son acte de décès et en désespoir de cause, j’avais tenté ma chance et j’ai eu raison.

Quelques temps plus tard, alors que je ne parvenais pas à trouver l’acte de décès d’un de mes collatéraux, Charles Deharveng, directeur des Charbonnages du Levant, à Cuesmes, en Belgique, j’ai demandé à mon célèbre ami de m’aider.

Et là, c’est le drame… début d’une nouvelle aventure généalogique dont je ne connais toujours pas l’issue.

Un des résultats de recherche m’apprend qu’il existe un lac et une rivière Deharveng au Canada. Vu le caractère relativement rare de ce nom, une petite lumière s’allume immédiatement en moi et j’abandonne mon Charles pour pousser mes recherches.

Je découvre que la rivière et le lac sont situés dans le territoire non organisé de la Rivière-Koksoak, situé dans la région administrative du Nord-du-Québec. En bref, c’est très grand – 307 000 km² environ, il y fait très froid et d’après Wikipedia, en 2006, le recensement fait état de 15 habitants (le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on n’est pas dérangé par les voisins 😉 ) !

   



















Le site de la Commission de toponymie du Québec me donne d’abord le nom autochtone de ces lieux (que je vous laisse tenter de prononcer…) puis l’origine du nom officiel : « Le nom que l'usage a attribué à ce lac est celui de Charles Deharveng, né en 1919, père oblat originaire de Tournai, en Belgique, arrivé au Canada en 1946. Il a d'abord exercé son ministère chez les Inuits, à Salluit, pendant sept ou huit ans, et successivement à Goose Bay, Wabush et Labrador City. Il a été longtemps secrétaire de la Commission scolaire du Labrador. En 1991, le père Deharveng se trouvait à Fort Liard (diocèse de MacKenzie-Fort Smith), dans les Territoires du Nord-Ouest. »

Ces quelques lignes sont riches en informations et m’interpellent encore un peu plus.

Une rapide recherche sur mon logiciel de généalogie et je découvre que ce Charles Deharveng que je ne cherchais pas est bien présent dans mon arbre et est le petit-fils du fameux directeur des Charbonnages du Levant – Flénu… Vous suivez ???

Tout d’abord, un peu d’état civil pour vous le présenter.

Charles est né le 4 mars 1919 à Ghlin près de Mons en Belgique, du mariage de Charles et de Jeanne Stroobants. Selon les informations trouvées sur internet et, pour certaines, confirmées par des actes d’état civil, il a quatre frères et sœurs dont l’une a également émigré au Canada où elle s’est mariée et y est décédée en 2015. L’un de ses frères était également père oblat de Marie Immaculée, en Belgique où il est décédé en 2011.  

Comment un fils de bonne famille né en Belgique a-t-il pu se retrouver dans cette partie aussi reculée du Canada, loin des siens et de ses habitudes de vie ?

Pour répondre aux nombreuses questions qui se bousculaient dans ma tête, j’ai tenté de retracer son parcours de vie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa vie fut bien remplie, même s’il me reste beaucoup de choses à explorer…

Je vous raconte. 

Charles fait ses études au Collège-Abbaye de Bonne Espérance, situé dans le village de Vellereille lès Brayeux, dans le Hainaut, où les Deharveng étaient solidement enracinés avant la Révolution.
Historiquement, un certain Philippe Deharveng appelé aussi Philippe de Bonne Espérance fut désigné prieur de cette abbaye en 1130. Bien que je suppose un lien entre Philippe de Bonne Espérance et la famille Deharveng(t), je n’ai pas encore pu l’établir de façon certaine.

Très jeune, sa vocation religieuse est forte. A l’âge de 18 ans, le 8 septembre 1937, il prononce ses premiers vœux. Puis, le 13 avril 1941, viennent ses vœux perpétuels. Il est finalement ordonné prêtre le 12 juillet 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale.

D’ailleurs, en 1939, au moment où la Guerre éclate, Philippe fait son service militaire. Pendant cette période, il mène de front son service militaire et ses études de prêtrise.

Il sera frère missionnaire Oblat de Marie Immaculée.

Un article de presse mentionne qu’il est alors capturé par les allemands mais qu’il fut « l’un des cinq » qui parviennent à s’échapper dans les Ardennes, où il est ordonné prêtre. Je n’ai malheureusement rien trouvé d’« officiel » pour le confirmer, ni sur ces cinq évadés.

Il se serait associé avec un groupe de résistants qui s’opposait aux allemands par des obstacles sur les voies de chemin de fer, par la communication d’information aux alliés et en faisant passer des aviateurs alliés de retour en Angleterre par la France et l’Espagne. Son groupe aurait été responsable du retour de près de 200 aviateurs en Angleterre.

La seule photo dont je dispose date d’ailleurs de cette époque et figure sur le site internet du Centre d’études guerre et société (CEGESOMA) des archives de l’Etat belge. On le voit en août 1944, au milieu d’enfants dont 7 petits juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale au Home de Haversin.

Aout 1944 - Home de Haversin - Source : CEGESOMA

Je le retrouve à New-York le 6 mars 1946, prêt à débarquer d’un bateau, le Henry Adams ; il était parti d’Anvers le 21 février précédent. Le registre des passagers établi à l’arrivée aux Etats-Unis m’apprend que Charles est missionnaire, qu’il parle français, flamand, anglais et allemand. Il est également fait mention de la dernière ville où il a vécu avant de quitter l’Europe : Jambes, près de Namur. De nombreux autres prêtres font également le voyage jusqu’au Nouveau Monde en même temps que Charles Deharveng.

Un journal catholique de Savannah en Géorgie m’apprend que le 25/05/1946, il est à Ottawa, au Canada, prêt à partir vers la mission de la Baie d’Hudson pour servir avec d’autres Oblats chez les eskimos.

Les Oblats sont en effet connus depuis le XIXe siècle pour leurs missions auprès des Inuits : ils ont produit de nombreux livres ou articles sur les missions du grand nord canadien qui a tenu en haleine les foyers catholiques jusqu’au milieu du XXe siècle. C’est peut-être ce qui a forgé la vocation de Charles.

Comme les autres missionnaires, il a contribué à l’« évangélisation » des peuples autochtones du Grand Nord Canadien.

Je n’ai pas beaucoup plus d’information sur sa vie au Canada. Les recherches généalogiques ou historiques dans ce pays me sont relativement inconnues.

Je sais simplement qu’il a servi dans diverses paroisses, principalement dans le Grand Nord, dont la communauté de Fort McMurray, dans la province de l’Alberta, entre 1978 & 1979.

Source : findagrave.com
Il décède le 31 mai 2007 à Saint-Albert, près d’Edmonton, province d’Alberta, à l’âge de 88 ans. Il est inhumé au cimetière catholique romain de Saint-Albert.











Voilà donc l’état actuel de mes recherches sur Charles Deharvengt. Je devrais recevoir sous peu des informations sur sa vie en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale mais je suis toujours en quête d’éléments sur sa vie et ses missions au Canada.

Edit : Alors que je m’apprêtais à publier cet article, j’ai découvert qu’une revue historique belge vient de consacrer un article à Charles. J’ai donc écrit pour obtenir un exemplaire de cette revue et en réponse, j’ai reçu également des copies de lettres où il raconte les rudesses de l’hiver canadien et ses activités dans différentes paroisses du Grand Nord canadien… L’enquête continue…

dimanche 11 novembre 2018

En l'honneur des combattants de la Première Guerre Mondiale


Bon, cela fait bien longtemps que je n’ai rien publié ici : manque de temps, manque d’inspiration ou peut-être un peu de fainéantise aussi, avouons-le. Mais là, je ne pouvais pas rester silencieuse à l’approche du Centenaire de la fin de la Grande Guerre qui me touche particulièrement.

Alors, en l’honneur des soldats engagés dans ce premier conflit mondiale, d’où qu’ils viennent, qu’ils n’en soient pas sortis vivants ou qu’ils en soient revenus blessés ou indemnes, du moins physiquement, je vais vous présenter le parcours militaire de mes trois arrière-grands-pères et d'un de mes arrière-grands-pères pendant la Première Guerre mondiale, quatre humbles soldats parmi des millions et qui ont eu la chance d’en revenir.
Préparatifs de l'exposition Wool War One - Collection personnelle


Georges Ernest Deharvengt est né le 24 septembre 1876 à Montigny en Cambrésis (59) mais arrive très jeune dans le petit village de Saint-Thibault des Vignes, en Seine et Marne. C'est donc dans les fiches matricules de Coulommiers que l'on peut retrouver trace de son parcours militaire (ou grâce à son livret militaire qui par chance a été conservé dans la famille... :) ).
Il effectue ses deux ans de service militaire à partir de 1897 (il bénéficie d'une durée réduite en raison de son engagement à être instituteur pendant une période de 10 ans). Il passe dans la réserve en 1900 avec le grade de sergent. 
Le 2 aout 1914, malgré ses 38 ans, sa femme et ses trois jeunes enfants, Georges répond à l'ordre de mobilisation générale et s'engage comme volontaire pour la durée de la guerre.

Il est d'abord incorporé dans le 36ème régiment d'infanterie territoriale. Au début de l'année 1915, du fait des nombreuses pertes humaines, il est transféré, comme beaucoup d'autres territoriaux, dans des régiments actifs et d'abord le 276ème régiment d'infanterie.

Georges Deharvengt, assis, à gauche - Collection personnelle
Georges ne quitte alors plus les unités combattantes jusqu'à sa démobilisation le 30 décembre 1918 : il participe aux combats au sein des 129ème et 367ème régiments d'infanterie. Durant ces 4 années de guerre, il obtient ses galons d'adjudant et de sous-lieutenant puis en 1920, ceux de lieutenant.



Il est cité le 15 septembre 1915 pour avoir "brillamment secondé son chef de section par ses qualités d'énergie et de courage et a contribué efficacement à enrayer une tentative d'attaque". A cette occasion, il est décoré de la Croix de guerre "Étoile de bronze".

Le 25 avril 1916 à 19 heures, il est rendu sourd par l'explosion d'un obus alors qu'il combat à proximité de la tranchée de la sapinière, dans l'Argonne.

Sa mère décède le 12 novembre 1916 à l'âge de 64 ans tandis qu'il se trouve à Verdun. Afin de commémorer son souvenir, Georges portera un brassard noir jusqu'à la fin de la guerre. 
Il est fait chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire le 25 juillet 1929. 

Après la guerre, il reprend son métier d'instituteur, voit la naissance de sa dernière fille en mai 1919 et conservera toute sa vie un rôle dans la vie de la Cité, notamment en devenant maire de son village.
Il meurt le 19 février 1958 chez lui, à l'âge de 81 ans.



François "Gustave" Paget est né le 3 mars 1881 dans le XIème arrondissement de Paris. Orphelin alors qu'il est âgé d'une dizaine d'années, il est recueilli par un oncle et réside donc à partir de ce moment au Vaudioux, tout petit village proche de Champagnole (39).

Gustave Paget au Tonkin - Collection personnelle

Commis ambulant aux PTT lors de son inscription sur les registres matricules de Lons le Saunier, il se porte volontaire pour le service colonial en 1903 et participe aux opérations de pacification au Tonkin entre le 1er octobre 1903 et le 17 août 1905. Un mois plus tard, il passe dans la disponibilité de l'armée active.

Trois ans de Guerre mondiale ayant déjà bien décimé l'armée française, Gustave est "remis dans le droit commun" et est affecté au 7ème bataillon du génie le 1er juin 1917, alors qu'il est déjà âgé de 36 ans et père de 2 enfants. Il combat notamment sur les terres de Champagne.

Il rejoint la 1ère compagnie de ce bataillon le 4 juin 1918 mais est blessé au combat le 18 juillet par un éclat d'obus à la poitrine et traversant l'avant bras droit.Il est alors évacué vers l'hôpital auxiliaire n°1 de Clermont-Ferrand où il reste jusqu'au 29 octobre 1918. A cette date, il retrouve ses frères d'armes pour les derniers jours de combat.


Il est démobilisé le 28 février 1919. Il retourne alors chez lui, à Paris, auprès de sa femme et de ses enfants.
Il décède chez lui, à Paris, le 5 février 1949, à l'âge de 67 ans.




Jean Antoine Thonat est né le 5 juin 1895 à Lorlanges (43). Il a donc à peine 20 ans lorsque la guerre éclate. Pourtant il est déjà orphelin de père et réside à Londres où il est maître d’hôtel (bien que sa situation professionnelle et son départ pour Londres m’intrigue, je n’ai pas encore creusé cet élément...).
Il sait lire et écrire et est incorporé à compter du 16 décembre 1914 en qualité de soldat de 2ème classe.
Il intègre le 414è RI le 15 octobre 1915 avec lequel il combat notamment sur le Plateau de Lorette et à Verdun.
À compter du 21 avril 1916, il est toujours à Verdun mais rejoint le 171e RI. 
Malheureusement, le 20 mai 1916, Jean est évacué vers l'arrière en raison d'une intoxication par les gaz. Guéri un mois plus tard, il réintègre son régiment et combat à Soissons. 
Fiche matricule de Jean Antoine Thonat - AD 43 1R 1033 vues 646 à 648
La guerre et ses privations a sans doute affaibli la santé de Jean puisqu'à partir de cette date, il alternera les séjours à l'hôpital pour maladie et le retour au front. Il combattra notamment au Chemin des Dames, dans les Vosges, en Picardie...

Après la fin de la guerre, en 1919, il est réformé temporairement en raison d'une invalidité temporaire en raison de troubles digestifs, de problèmes pulmonaires (une sclérose légère des sommets, pour les amateurs...) et divers autres faiblesses. Cette réforme sera renouvelée en 1921 et 1922. 

Le 27 avril 1921, il se marie avec Marie Léontine Fournier dans le petit village de La Chomette, voisin de son village natal. Ils s'installeront à Paris et tiendront une boutique d'articles de voyage Rue de Lyon, près de la gare de Lyon. Ils auront 3 enfants.
Jean décède à l'Hôpital Saint-Antoine à Paris le 12 mars 1972.






Jules Marie François Thiery est né le 15 aout 1870 à Buxières sous les Côtes, dans la Meuse, à 45 km de Verdun. Il est le père de mon arrière-grand-père Jean, âgé de 7 ans au début de la guerre. Il est également le père de trois autres enfants vivants en 1914.

Il a effectué son service militaire en 1890 dans les services auxiliaires pour cause de "chevauchement des deux cinquièmes orteils".

Le jour de la mobilisation générale, à 44 ans, il est rappelé à l'activité mais est finalement renvoyé dans ses foyers le 4 aout.

Le 4 février 1916, la commission de réforme le  classe à nouveau dans le service armé : il sera affecté au 6ème escadron du train des équipages, ce corps qui gère la logistique et le transport de matériel, de munitions... pour l'armée française. Il arrive au corps le 3 mars 1916.

Un peu plus d'un an plus tard, le 13 juillet 1917, il est détaché comme agriculteur le 13 juillet 1917 à Etragel, dans les Pyrénées Orientales.

Rappelé au service actif, il intègre le 10 novembre 1917 le 53ème régiment d'infanterie auprès duquel il combattra jusqu'à l'Armistice, notamment en Champagne, puis dans la Somme et enfin les Ardennes.

Il est finalement libéré définitivement de toutes ses obligations militaires le 10 décembre 1918. Il retourne alors chez lui, à Buxières, qui a subi de lourdes pertes, tant humaines que matérielles.

Il y décède le 3 mai 1949.

Les destructions à Buxerulles, petit hameau à côté de Buxières
 ****

Je ne sais rien de la façon dont ils ont vécu ce conflit, ce qu'ils ont ressenti en voyant leurs frères d'arme tomber à côté d'eux. Je ne les ai bien sûr pas connus et aucune lettre, aucun carnet n'a été conservé(e) jusqu'à nos jours, à ma connaissance.

Ce que je sais en revanche, c'est que je mesure la chance qu'ils ont eu d'en revenir vivants. 

Aujourd'hui, jour du Centenaire et depuis quelques temps, les Poilus de 14 sont dans nos esprits, font la une des médias et sur les réseaux sociaux. J'en suis absolument ravie et souhaite vraiment que cet engouement ne s'arrête pas à cette journée et que les bleuets qui ont fleuri sur les vêtements de nos politiques et nos journalistes continuent d'être fièrement arborés encore longtemps. 

Pour que vive le souvenir de mes arrière-grands-pères et celui de tous les combattants de la Première Guerre mondiale, afin que leur sacrifice n'ait pas été vain.

samedi 21 juillet 2018

Dans les pas de mes ancêtres… #RDVAncestral juillet 2018

Il y a un mois, j’étais en vacances en Bourgogne pour participer à un festival de spectacle vivant.

Après le festival, j’ai fait ma petite escapade habituelle à Vézelay. Mais pour une fois, je n’y suis pas restée la journée entière car j’avais une idée derrière la tête…

Il y a quelques temps, en effet, j’ai découvert qu’une partie de mes ancêtres maternels étaient originaires d’un tout petit village de l’Yonne, à la limite de la Nièvre, Chastellux-sur-Cure. Et il se trouve que ce village est situé à une vingtaine de kilomètres de Vézelay.

Alors, ni une ni deux, je prends la direction de cette toute petite commune de 10.5 km² et 140 habitants environ aujourd’hui et vers un haut lieu de pèlerinage pour les généalogistes, l’église et le cimetière attenant.

L’église Saint-Germain n’étant malheureusement pas ouverte, je fais seulement le tour du cimetière et prends quelques photos des tombes dont les noms me parlent. Je dois avouer que je ne suis pas très à l’aise de prendre des photos dans ce lieu tranquille et sacré, j'ai l'impression de déranger...

L'église Saint-Germain, Chastellux - Collection personnelle
L'église et l'ancien cimetière de Chastellux - Collection personnelle


Après avoir salué tous ces pauvres gens, je prends la direction indiquée par le panneau : la mairie. Bêtement, je me dit qu'elle ne doit pas être très loin.

Sauf que voilà, j'aurais dû me rendre compte que tout proche du Morvan, le village est très vallonné, les routes sinueuses et les hameaux assez éloignés les uns des autres. 

Et je me retrouve lancée sur une petite route bien escarpée, sous la chaleur écrasante du milieu d'après-midi, à me demander si mon objectif est juste après ce virage-ci ou ce virage-là.

Au bout d'une dizaine de minutes de marche,  je m'arrête sur un gros tronc d'arbre couché le long de la route, légèrement à l'ombre, pour reprendre mon souffle (les activités sportives n'ont jamais été mes matières préférées...). 

Sur le chemin de la mairie. Au loin, le hameau de La Rivière - Collection personnelle
Je réalise que je n'ai pas encore croisé âme qui vive depuis que je suis arrivée dans ce village et me laisse bercer par le calme qui règne sur ce bord de route. 

Après quelques instants, je perçois des bribes d'une conversation et distingue quelques mètres plus bas sur la route trois hommes assez pauvrement vêtus. Ils ont l'air particulièrement joyeux et l'un d'eux porte un paquet dans les bras.

Lorsqu'ils arrivent à ma hauteur, je remarque que ce que je prenais pour un paquet est en réalité un tout petit bébé bien emmailloté, comme on pouvait le faire encore il y a un siècle. 

Ils ont l'air intrigués de me voir et celui qui porte l'enfant m'interpelle : 
" - Bien le bonjour, ma p'tite dame, vous êtes perdue?" 

" - Je cherche la mairie. "

" - Ah, nous y allons justement, vous pouvez venir avec nous, j'y vais déclarer la naissance de mon premier fils Gaston! Je m'appelle Antoine Duvollet et voici mon oncle Edme Duvollet et Germain Millot, le frère de ma femme, qui m'accompagnent. "

En entendant ces mots, je comprends mieux pourquoi ils semblaient étonnés de me voir : je ne sais comment, je me retrouve en juin 1840 devant mon aïeul, Antoine, mais je suis vêtue d'un short en jeans et d'un tee-shirt et je porte mon appareil photo autour du cou. Ils doivent me prendre pour une folle échappée de l'asile ou pour une extra-terrestre! Ils n'ont peut-être pas tort après tout...

Ils ne me posent pas de question sur l'endroit d'où je viens ni la raison pour laquelle je souhaite me rendre a la mairie; aussi, je me garde bien de leur révéler les raisons de mon voyage, je ne voudrais pas les effrayer ou, encore moins, leur mentir.

Je me joins donc à eux avec joie et entame une conversation.

" - Et bien, messieurs, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça monte chez vous! "

" - C'est qu'on est à quelques kilomètres des montagnes du Morvan. Et encore, moi, j'habite à La Rivière, et nous marchons depuis 20 minutes déjà, la plus grande partie en descente. Il faudra bien les remonter au retour. Ça va, nous sommes encore jeunes, j'ai 26 ans et Edme 47 ans. Mais pour mon père, avec qui nous vivons ma femme et moi, le chemin commence à devenir difficile."

" - Je me doute (je me garde bien de leur dire que j'y suis passée en voiture il y a un peu plus d'une heure...) et je me disais qu'en hiver, il doit être bien compliqué d'aller chercher le maire si besoin."

" - Oui, d'ailleurs en janvier 1838, j'ai dû aller déclarer la naissance de ma fille Charlotte. Il avait neigé la veille et la route était verglacée. Il nous a fallu une matinée pour y aller et revenir. Le petit étang que vous voyez là était gelé. J'ai eu peur pour ma petite fille mais le voyage s'est déroulé sans encombre. Et, s'il y a une urgence, le maire n'habite pas à la mairie, vous savez,  il habite un peu plus bas, vers l'église. "

Collection particulière

En disant cela, Antoine me regarde goguenard et je me rends compte qu'il se moque un peu de moi...
" - Et vous, mademoiselle, que faites vous toute seule dans notre petit village ? "

" - Oh, je voyage. Je rejoins ma tante qui habite dans un village un peu plus loin et je suis originaire d'une petite ville près de Paris." Voilà, ce n'est pas tout à fait la vérité mais il n'y a aucun mensonge dans ce que je viens d'énoncer.

" - Ah Paris! Je serai sans doute contraint de m'y rendre bientôt. Je suis manouvrier et le travail se fait de plus en plus rare. Avec la famille qui s'agrandit, ma femme et moi avons besoin d'argent et ce n'est pas ici que nous en trouverons. Il paraît qu'à Paris, il suffit de se baisser pour trouver un emploi, à condition d'être courageux et travailleur. "

Avant que j'aie pu lui répondre et le mettre un peu en garde, il me lance : " Nous y sommes! Voici donc la mairie de Chastellux! "

Je me tourne vers la gauche et effectivement, la mairie est face à moi, a l'écart de toute autre habitation. 

Source : Wikipedia (J'étais tellement ravie de la voir que j'ai oublié de la prendre en photo...)

Je me retourne à nouveau vers mes compagnons de voyage pour les remercier mais il n'y a plus personne. Ils ont disparu!

Je réalise alors que je n'ai fait qu'imaginer cette rencontre et que j'ai bel et bien fait le trajet seule. 

Le sourire aux lèvres, je continue ma promenade et je passe devant le monument aux morts érigé en souvenir des enfants de Chastellux morts pour la patrie puis devant le château des comtes de Chastellux, malheureusement fermé le mardi (dommage, je n'ai pas pu le visiter...)  et appartenant toujours à la famille qui l'a édifié, au XIème siècle.

En rejoignant ma voiture, je me dis que je reviendrai forcément ici, pour continuer à marcher dans les pas de mes ancêtres et qui sait, peut-être faire d'autres rencontres ancestrales...



NB : hormis la rencontre d'Antoine bien sûr, tous les éléments de ce récit sont exacts. J'ai bien croisé deux hommes avec qui j'ai discuté mais ils étaient bien de la même époque que moi, je vous rassure.  En revanche, je ne pense pas que la mairie de 1840 soit réellement celle que j'ai vue, son architecture me paraissant postérieure. Néanmoins, j'ai choisi de faire cette petite entorse à la réalité pour asseoir mon récit.

jeudi 19 avril 2018

Une carte en souvenir de ma grand-mère #Généathème avril 2018

L’un des #Généathèmes proposés par Sophie BOUDAREL pour le mois d’avril m’a fait éprouver des sentiments contradictoires : l’inspiration et le désarroi... Qui aurait cru que des cartes postales anciennes me mettraient dans un tel état?

La malle aux trésors que j’ai évoquée précédemment contient plusieurs centaines de cartes postales (sans exagération aucune), je savais donc que je trouverais facilement l’inspiration et d’ailleurs, quelques cartes me sont immédiatement revenues en mémoire à la lecture du thème proposé.

Sauf que, ce week-end, en recherchant ces cartes, je me suis plongée dans la collection constituée par mes grands-parents paternels et j’ai trouvé beaucoup d’autres histoires méritant d’être racontées !

D’où mon désarroi : trop de choix tue le choix…

J’ai tout de même réussi à réduire mon choix à deux cartes et voici la première.

Collection personnelle
  
J’ai un peu triché car cette carte n’a été adressée à personne ; en tout cas, aucun des exemplaires conservés dans la malle aux trésors (oui, il y en plusieurs...). Elle a néanmoins une grande valeur sentimentale dans la famille. 

Cette carte est donc une vue de l’entrée du village de Montjay-la-Tour, un hameau de Villevaudé, en Seine et Marne, et représente mon arrière-grand-mère paternelle, Georgette, tenant ma grand-mère, Jeanne - ma Mémée Jeannette - dans ses bras. A ses côtés, se tient son fils ainé et unique Pierre (le plus petit des deux garçons) ainsi qu’un ami de ce dernier.

Georgette et sa fille Jeanne 
(Le scan n'est pas flatteur mais je vous l'assure, ce sont bien elles!)
Je suppose que cette carte date de la fin de l’année 1911 ou du début de 1912 : ma grand-mère est née en janvier 1911 et d’après l’absence de feuilles aux arbres, la photographie a été prise en hiver.

La petite troupe a été photographiée à l’entrée du village où mon arrière-grand-père, Georges, le mari de Georgette (ils étaient prédestinés… !), a exercé le beau métier d’instituteur public pendant la plus grande partie de sa carrière. C’était donc l’un des fameux "hussards noirs de la République" et c'est l'une des raisons pour lesquelles je ressens une immense fierté d'être de sa famille!

Georgette a environ 26 ans à l'époque de cette carte postale et est mariée depuis 1903 à son Georges, de 10 ans son ainé.

Jeanne est donc son deuxième enfant après la venue au monde de Pierre quelques années auparavant.

Deux autres filles viendront par la suite : Andrée en 1913 et Suzanne en 1919. Elles ont été pour moi deux grands-mères supplémentaires et ça, c'est une joie inestimable.
Elles ne se ressemblaient ni physiquement ni dans le caractère mais elles se complétaient parfaitement. Elles étaient mes Trois Grâces et ont été, je le pense, beaucoup aimées par tous leurs proches.

Elles me manquent toutes les trois énormément.

Le seul garçon de la fratrie, Pierre, présent sur la photo, suivra la même vocation que son père et intègrera des années après lui, la même École Normale à Melun. Malheureusement, il y aurait contracté la tuberculose et meurt le jour de Noël 1930 à l'âge de 25 ans.

Depuis cette date et jusqu'à sa mort, en 1978, Georgette n'a plus porté que du noir...

Il y a quelques années, alors que nous habitions encore à quelques kilomètres de ce village, mon père et moi avions pensé avoir retrouvé l’emplacement de cette carte postale en nous rendant sur place. Mais aujourd’hui, en essayant de le resituer sur Google Maps, je n’ai pas pu me repérer. 
Dans une proximité toute relative de Paris, le village ainsi que tous ceux alentours s’est beaucoup développé en quelques années : de 585 habitants en 1911 à plus de 2 000 aujourd'hui.
Je ne suis même pas certaine que la propriété sur la carte existe toujours.

La mairie de Villevaudé - Ancienne école (Wikipedia) où Jeannette est née, dans la pièce à gauche de la porte d'entrée

Alors, amis lecteurs, si l’un de vous pense reconnaître le lieu où a été prise la photo de la carte postale, je suis preneuse de toute information…

L'histoire de la seconde carte que j'ai retenue devrait arriver dans quelques jours et aura pour sujet l'une des protagonistes de celle-ci.

De la Belgique au Canada – Comme une bouteille à la mer

Il faut que je vous avoue un secret un peu honteux pour un(e) généalogiste. Quand je bloque sur un personnage de ma généalogie, quand je n...