lundi 25 septembre 2017

Ma mémé Philomène à moi

 
Il y a quelques temps, comme cela arrive souvent, un vent de folie a traversé le Twitter généalogique. Les mémés Philomène ont surgi de partout, de tous les coins de France et de Navarre, et même d'outre-atlantique. Un hashtag est né : #TeamPhilomène

Et il se trouve que j'ai, moi aussi, MA Philomène : Philomène VIENOT, mon arrière-arrière-grand-mère paternelle.  

Jeanne Philomène Vienot. Collection personnelle

Ma mémé Philomène est née le 9 octobre 1838 à Voillans, près de Baume les Dames, dans le Doubs. Son nom complet est Jeanne Philomène Vienot, mais son prénom usuel est bien Philomène, comme en atteste sa signature. 

AD Paris, XIème arrondissement, 1877, V4E 3972 vue 11

Elle est la fille naturelle de Jeanne Baptiste Vienot, couturière de 20 ans domiciliée à Voillans. 

Pour une raison que j'ignore encore, elle monte à Paris où je la retrouve pour son mariage avec Cyrille Paget, à la mairie du XIème arrondissement le 15 novembre 1877. Elle est alors âgée de 39 ans et habite 52 rue de Montreuil, dans cet arrondissement et n'exerce pas de profession. 

Il s'agit de son premier mariage mais du second pour Cyrille, cocher de fiacre domicilié au 36 rue de la Roquette. Cyrille est également franc-comtois : il est né à Doucier, dans le Jura, le 20 décembre 1823.

Cyrille Paget. Collection personnelle

Ce couple est le premier de ma lignée paternelle à quitter la Franche-Comté et fonde mon ascendance parisienne. 

Ensemble, ils auront un enfant, François Gustave Paget, né le 3 mars 1881, au 110 rue de la Roquette, toujours dans le XIème arrondissement de Paris. Il s'agit de mon arrière-grand-père. 

François Gustave, soldat pendant la Guerre du Tonkin. Collection personnelle

Je ne sais encore ni où ni quand est décédée ma mémé Philomène. Mon grand-père, qui a réalisé une partie de son arbre généalogique à une époque où internet n'existait pas, avait simplement indiqué une date : 1893. 

J'ai écumé les tables décennales de tous les arrondissements parisiens pour les décennies 1883-1892 et 1893-1902 sans y trouver son nom...

Je continue de chercher mais je crains qu'elle et son mari ne soient repartis dans le petit village du Jura berceau des Paget, pour leurs vieux jours. Et, si c'est le cas, je suis dépendante du bon vouloir des AD quant à la mise en ligne des registres...

Affaire à suivre...

Edit du 12/02/2018:
Lors de la mise en ligne des registres d'état civil de la totalité des communes du Jura par les archives départementales, je me suis précipitée dans ceux du petit village dont je vous parlais précédemment. J'ai finalement trouvé la date de décès de ma mémé Philomène mais manque de chance (encore...), les registres d'état civil sont numérisés jusqu'en 1892! Et les TD m'indiquent qu'elle est décédée le 24/05/1893.
Mais grâce à l'entraide généalogique de FranceGenWeb, je viens de recevoir une copie de cet acte. Je remercie d'ailleurs encore une fois ici les bénévoles jurassiens pour leur rapidité et leur efficacité.

Fin du mystère donc : Ma mémé Philomène est bien décédée le 24 mai 1893 à l'âge de 54 ans, dans le village du Vaudioux, où elle s'était retirée quelques années auparavant avec sa famille. Elle laisse d'ailleurs un petit garçon de 12 ans orphelin.

 

samedi 16 septembre 2017

#RDVAncestral - Deuxième

16 septembre 2017, un an de RDV ANCESTRAUX
Aujourd'hui, pour fêter cet anniversaire, j'ai rendez-vous avec celui que je n'ai pas connu mais dont j'entends parler depuis toute petite, celui dont je conserve religieusement la moindre photo, le moindre petit bout d'archive et que j'ai l'impression de connaitre.

Celui aussi pour lequel j'ai commencé à faire de la généalogie, curieuse de connaitre encore un peu plus son histoire.

Mon arrière-grand-père paternel, Georges Ernest Deharvengt.
Georges Deharvengt. Collection personnelle - Tous droits réservés

Né le 24 septembre 1876 à Montigny en Cambrésis (59), il est arrivé à Saint-Thibault des Vignes, en Seine et Marne, avec ses parents dans les années 1880.
Il devient instituteur public et épouse Georgette Emma Paquier à Saint-Thibault le 12 octobre 1903. Il passe la plus grande partie de sa carrière dans la petite école de Villevaudé (77) avant de revenir, au moment de sa retraite à Saint-Thibault, dont il deviendra maire entre 1932 et 1938. Il y décédera entouré de toute sa famille le 19 février 1958.

Mais je vais un peu vite en besogne, j'ai choisi d'aller à sa rencontre le 16 septembre 1917, il y a tout juste 100 ans. 

A ce moment-là, il a dépassé la quarantaine et est déjà père de 3 enfants : Pierre, né le 24 octobre 1905, Jeanne, ma grand-mère, née le 7 janvier 1911 et Andrée, née le 6 juin 1913. Quelques mois après la guerre, sa dernière fille, le 16 mai 1919, Suzanne viendra au monde.

Mais ce jour-là, il est loin de sa femme et de ses enfants, il se trouve à Beurey, dans l'Oise, avec ses compagnons du 129e RI, les "Rastapoils".

Je le rencontre à l'arrière du front, il discute avec ses collègues sous-lieutenants.

Je le reconnais assez facilement grâce à la description figurant sur son livret militaire : 1 mètre 68, cheveux et sourcils blonds, front ordinaire, nez et bouche moyens, menton rond et visage ovale. Il porte un brassard noir en souvenir de sa mère décédée quelques mois plus tôt.

Georges est assis, à gauche. Collection personnelle - Tous droits réservés


Je suis très émue avant d'oser lui parler. Prenant mon courage à deux mains, je m'approche et lui explique que je suis la petite-fille de sa petite Jeannette, que je viens spécialement du XXIème siècle pour le voir. Je lui explique également que je fais de la généalogie et que, depuis quelques temps, je voyage dans le passé rencontrer en chair et en os les personnes qui m'ont marquée au fil de mes recherches. 

Je ne sais pas vraiment si cet homme, instituteur de la IIIè République, anti-clérical, qui ne croit en rien d'autre qu'en la science et l'instruction, me croit ou s'il me prends pour une folle.

Toujours est-il qu'il m'invite à m'asseoir près de lui. 

- Mais je te préviens, je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder : nous avons reçu l'ordre de quitter notre position. Nous partons aujourd'hui : nous rejoignons d'abord Sauvigny.  

Mais au bout de trois ans de guerre, les soldats sont fatigués. Et malgré leur volonté farouche de protéger leur pays, la lassitude arrive. 
Tu sais, quelques jours après mon arrivée dans ce régiment, en juin, 4 soldats ont été fusillés pour cause d'abandon de poste et de refus d'obéissance devant l'ennemi. Ce fut un moment très difficile à vivre, je ne pense pas pouvoir raconter tout ce que j'ai vu et vécu à ma famille, si je reviens vivant de tout cela.

Je ne sais que trop bien les dégâts causés par cette longue guerre sur les hommes. J'ai été blessé, mon frère aussi et je vois tous les jours des camarades être tués, blessés ou avec des graves troubles mentaux à cause des combats. Je souhaite qu'elle termine le plus rapidement possible. 

Je suis très inquiet pour Georgette et mes chers petits. Tu sais en 1914, pendant la Bataille de la Marne, les combats sont arrivés jusqu'à Lagny. Je ne sais pas si tu connais, c'est à côté de chez moi.

Le Pont de pierre détruit - Gallica, BNF

- Oui, bien sûr que je connais. La famille habitait encore à Saint-Thibault au début du XXIème siècle.

- Ah, c'est bien, j'en suis fier. Et bien, ils entendaient les combats se dérouler et le pont de pierre a même été détruit. Georgette est forte, elle est bien entourée et Pierrot est grand maintenant. Il peut aider sa maman mais il doit aussi continuer à bien travailler à l'école. Il le sait, je lui répète continuellement, dans les courriers que je lui envoie.

J'ai des nouvelles régulièrement, la poste fonctionne plutôt bien, tu sais. 

- Oui, je sais que vous vous écrivez beaucoup avec grand-mère Georgette. J'ai toute une collection de cartes postales que vous vous êtes échangées pendant tes périodes de service militaire à Coulommiers. Par contre, je n'ai aucune trace de vos échanges pendant cette guerre. 

- Ah? Pourtant, je lui envoie des lettres tous les jours ou presque.L'avantage de vivre à la campagne, c'est que je sais qu'ils auront toujours quelque chose à manger. Mais je suis tout de même inquiet, Georgette m'a appris il y a quelques temps que des tickets de rationnement ont été mis en place pour le pain et le sucre. Mes petites Jeannette et Dédée vont être bien tristes si elles n'ont pas leur petit bout de pain avec de la confiture...

Soudain, il s'interrompt. On vient d'entendre que quelqu'un l'appelle.

- Je suis désolée, ma petite, je vais devoir te laisser. Nous levons le camp.

- J'aurais tellement de choses à te dire et à te demander. Je suis très heureuse de t'avoir rencontré, tu as tellement d'influence dans la vie des gens de ta famille, encore dans le siècle dans lequel je vis. Je vais simplement te dire que tu vas revenir vivant chez toi, que tu auras ton lot de petits et de de grands malheurs, comme tout le monde, mais tu as encore des choses passionnantes à vivre.

Pour plus de détails sur la vie riche de Georges Deharvengt :


mercredi 6 septembre 2017

Petite histoire d'une cloche

Pour ce véritable premier article, je vais vous parler d'un lieu très cher à mon cœur, la terre d'une partie de mes ancêtres : le pays de Lagny, en Seine et Marne.

Et plus particulièrement, Saint-Thibault des Vignes, un petit village de quelques centaines d'habitants jusque dans les années 1970 .

Et encore plus particulièrement, la cloche de l'église Saint-Jean-Baptiste qui me réveillait tous les matins à 7 heures avec l'angélus, avant mon départ pour la Charente. 

Saint-Thibault des Vignes, Saint-Thibault pour les intimes, est le berceau de cette partie de ma famille. J'y suis viscéralement attachée, avec l'impression jamais ressentie ailleurs d'être liée à la terre sur laquelle je marchais. Je ne saurais pas expliquer pourquoi, peut-être est-ce parce que j'y ai énormément de souvenirs, que j'y passais tous mes week-ends étant enfant et que j'y ai vécu.

J'ai trouvé des ancêtres jusque dans les plus anciens registres de la paroisse et certains d'entre eux ont même été enterrés dans l'église. Pour la plupart, il s'agit de vignerons, de paysans... Quelques uns d'entre eux furent maires du village, dont mon "idole généalogique", mon arrière-grand-père paternel dont j'espère vous reparler très vite.

Et pour revenir au sujet qui nous occupe aujourd'hui, à cette fameuse cloche, il se trouve que là encore, ma famille a un lien avec elle !

Carte postale - vers 1910 -  collection personnelle

L'église Saint-Jean Baptiste fut construite au moment de la fondation du prieuré à la fin du XIème siècle.
Au XIVème siècle, le clocher fut remanié et en 1749, une nouvelle cloche fut fondue et bénie. Sa marraine était Marguerite Victoire AUGIER, épouse de Philippe THOMÉ, seigneur de Rentilly et conseiller au Parlement de Paris1. On pouvait lire sur cette cloche l’inscription suivante :

« L’an 1749, j’ai été bénie par
Me Pierre Vincent prestre curé
De cette paroisse est nommée
Marguerite Victoire
Par Me Antoine Louis Lambert
Prestre docteur de
La maison et société de Sorbonne
Prieur seigneur spirituel et temporel
De ce lieu et dépendances et par dame
Marguerite Victoire Augier Thome
Epouse de Me Philippe Thome
Conseiller en la grande chambre du Parlement
De Paris, seigneur de Rentilly et
Autres lieux.
M. Antoine Pierre Gabriel Chauvigny,
Marguiller. »

Cette cloche a été épargnée par la Révolution mais elle a été remplacée en 1899 par la cloche actuelle.

C'est le conseil municipal de Saint-Thibault qui décida de commander une nouvelle cloche à la fonderie CROUZET-HILDEBRAND à Louviers. Quelques années auparavant, cette fonderie avait réalisé notamment quelques cloches du carillon du beffroi de Bergues, désormais célèbre, des cloches du carillon de l'église Saint-Henri au Creusot (71), classées monument historique. Cette fonderie réalisera quelques années plus tard une cloche pour l'église Saint-Edouard de Montréal. D'après l'annuaire de l'Union fraternelle du commerce et de l'industrie de 1897, la fonderie Crouzet-Hildebrand aurait également réalisé la sonnerie de la basilique Notre-Dame de Lourdes. 

Cloche de l'église de Saint-Thibault, Service culturel de Saint-Thibault

Le financement fut assuré par la municipalité et par quelques dons particuliers. Le baptême de la cloche de Saint-Thibault fut célébré en grandes pompes le 29 octobre 1899 et pour l'occasion, l'évêque de Meaux avait fait le déplacement dans ce petit village de 300 âmes.
On retrouve trace de cet événement dans les journaux de l'époque, notamment religieux bien sûr2. D'après ces articles, l'église était trop petite pour accueillir toutes les personnes souhaitant assister à la cérémonie. Il y avait là le conseil municipal, le clergé de Lagny (le chanoine, le maître de chapelle, l’aumônier...), M. et Mme Georges Paquier, les parrains de la cloche, libraires à Lagny et propriétaires d'une maison et de terrains à Saint-Thibault, du fait de l'ascendance théobaldienne de Madame Paquier.

Et voilà le lien avec ma famille! Georges et Marie Emma Hélène Paquier sont mes arrière-arrière-grands parents paternels.
 
L’aumônier adressa, paraît-il, quelques paroles émues et vibrantes sur le rôle de la cloche « qui chante nos joies et nos douleurs ». 3

La nouvelle cloche fut baptisée Emma Georgette Alice, du prénom de la marraine, Mme Marie Emma Hélène Paquier, et des prénoms de ses deux filles, Georgette (mon arrière-grand-mère, alors âgée de 13 ans) et Alice.

Une fois le baptême célébré, une réception fut donnée en l'honneur de l'évêque de Meaux par M. et Mme Paquier, dans leur « Villa », rue de Lagny.

L'église Saint-Jean-Baptiste est classée monument historique depuis 1974. 

Publicité parue dans l'annuaire de l'Union fraternelle du commerce et de l'industrie, 1897, Gallica.bnf.fr


NB : J'ai écrit cet article en 2011; pour cette publication sur le blog, j'ai simplement ajouté la présentation du début et quelques éléments de contexte. Il est distribué lors des Journées du Patrimoine à Saint-Thibault.


1Annales du pays de Lagny, Tome 1, p. 171, Jacques Amédée LEPAIRE
2Voir par exemple, Le Journal de la Brie du 1er novembre 1899 (AD77)
3 Extrait du journal catholique « La Croix de Seine et Marne » du dimanche 12 novembre 1899 (AD77)

Dans les pas de mes ancêtres… #RDVAncestral juillet 2018

Il y a un mois, j’étais en vacances en Bourgogne pour participer à un festival de spectacle vivant. Après le festival, j’ai fait ma pe...