jeudi 1 mars 2018

François Désiré Barbiot : quand le sort s'acharne

François Désiré Barbiot est né le 9 Pluviôse an XIII (29 janvier 1805) à Pont-Sainte-Maxence, dans l'Oise, du mariage de Jean Dominique Barbiot et Marguerite Joséphine Marie Barras, journaliers. C'est le frère de Pierre Dominique Barbiot, dont j'avais parlé lors de mon rendez-vous ancestral du mois de février et c'est mon ancêtre direct du côté maternel, mon SOSA 120.

Il se marie le 7 novembre 1826, à l'âge de 21 ans, à Pont avec une fille du village, Marguerite D'Huicque, 20 ans.

Pendant plus de 20 ans, il exerce la profession d'ouvrier mégissier, c'est-à-dire qu'il fait tomber la laine de la peau des brebis et moutons.


© D. Chatry 1997

Dans les années 1830, on compte d'ailleurs 2 tanneries et 3 mégisseries à Pont (Précis statistique sur le canton de Pont-Ste-Maxence, Louis Grave, 1834, disponible sur Google Books).

Les actes d'état civil et les recensements confirment son métier de mégissier jusqu'en 1846.

Entre cette date et 1849, il change de professions. En effet, le 20 juillet 1849, alors qu'il vient déclarer le décès de son premier fils, Alexandre Benjamin, 16 ans, François Désiré indique exercer la profession d'employé de la compagnie du chemin de fer du Nord.

La gare de Pont-Sainte-Maxence avait été ouverte deux ans plus tôt, le 21 octobre 1847, au moment de l'ouverture de la section Creil-Compiègne sur la ligne Creil-Saint-Quentin par la Compagnie des Chemins de fer du Nord. 

A cette époque, il a alors 7 enfants. On peut imaginer qu'il a voulu intégrer cette compagnie dans l'espoir de subvenir plus convenablement aux besoins de sa famille.

Cette décision ne sera sans doute pas la plus heureuse de sa vie.

En effet, on retrouve la trace de François Désiré dans un entrefilet du Journal de la ville de Saint-Quentin et de l'arrondissement daté du 28 janvier 1853. Il vient de vivre un drame.

Le 21 janvier 1853, à quelques jour de son 48ème anniversaire, il se trouve à la gare de Pont-Ste-Maxence.
Gare de Pont-Sainte-Maxence, L'arrivée du train - AD 60 cote 19 Fi 219
Et là, alors qu'il est occupé à "arranger" un wagon par l'arrière, il est écrasé par un autre wagon poussé par le vent. Écrasé entre les tampons des deux wagons, son coude droit est broyé.

La blessure est si grave que François doit alors subir l'amputation de son bras droit. Cette opération est menée par trois médecins : le médecin de la compagnie, un médecin de Pont-Sainte-Maxence et un médecin militaire.

L'article précise que l'administration du chemin de fer "toujours si bienveillante pour ses employés dans de pareilles circonstances, viendra certainement à son secours".
Journal de Saint-Quentin et de l'arrondissement, 28/01/1853, A35 N2102 - Retronews
Malheureusement, je pense que je ne trouverai pas de trace d'un quelconque secours adressé à mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père puisque, sauf erreur de ma part, les archives de la compagnie conservées aux archives nationales sont postérieures à cet accident.

Et pourtant, j'espère très fortement qu'il a perçu un dédommagement suite à cet accident. D'une part, la sécurité sociale n'existant pas, je ne sais comment il a pu payer les frais médicaux. D'autre part, cette amputation a dû donner lieu à une longue convalescence et avec le seul salaire de sa femme, journalière, nourrir toute la famille devait être encore plus difficile.

François Désiré survit donc à cette opération mais ne travaillera plus jamais à la compagnie des chemins de fer du Nord; il exercera jusqu'à la fin de sa vie le pauvre métier de marchand de peaux de lapins. 
© D. Chatry 1997
Il meurt à l'âge de 75 ans le 28 juin 1880 chez lui, à Pont-Sainte-Maxence, sans être parvenu à sortir sa famille de la misère. 
 
Nota Bene : Bien que son prénom ne soit pas cité dans l'article, j'ai eu la confirmation qu'il s'agit de mon aïeul car dans les recensements postérieurs à l'accident, il est bien précisé que François est amputé du bras. Quoique selon les recensements, il est amputé du bras droit ou du bras gauche! Mais c'est bien le seul Barbiot déclaré infirme.

Dans les pas de mes ancêtres… #RDVAncestral juillet 2018

Il y a un mois, j’étais en vacances en Bourgogne pour participer à un festival de spectacle vivant. Après le festival, j’ai fait ma pe...