samedi 21 juillet 2018

Dans les pas de mes ancêtres… #RDVAncestral juillet 2018

Il y a un mois, j’étais en vacances en Bourgogne pour participer à un festival de spectacle vivant.

Après le festival, j’ai fait ma petite escapade habituelle à Vézelay. Mais pour une fois, je n’y suis pas restée la journée entière car j’avais une idée derrière la tête…

Il y a quelques temps, en effet, j’ai découvert qu’une partie de mes ancêtres maternels étaient originaires d’un tout petit village de l’Yonne, à la limite de la Nièvre, Chastellux-sur-Cure. Et il se trouve que ce village est situé à une vingtaine de kilomètres de Vézelay.

Alors, ni une ni deux, je prends la direction de cette toute petite commune de 10.5 km² et 140 habitants environ aujourd’hui et vers un haut lieu de pèlerinage pour les généalogistes, l’église et le cimetière attenant.

L’église Saint-Germain n’étant malheureusement pas ouverte, je fais seulement le tour du cimetière et prends quelques photos des tombes dont les noms me parlent. Je dois avouer que je ne suis pas très à l’aise de prendre des photos dans ce lieu tranquille et sacré, j'ai l'impression de déranger...

L'église Saint-Germain, Chastellux - Collection personnelle
L'église et l'ancien cimetière de Chastellux - Collection personnelle


Après avoir salué tous ces pauvres gens, je prends la direction indiquée par le panneau : la mairie. Bêtement, je me dit qu'elle ne doit pas être très loin.

Sauf que voilà, j'aurais dû me rendre compte que tout proche du Morvan, le village est très vallonné, les routes sinueuses et les hameaux assez éloignés les uns des autres. 

Et je me retrouve lancée sur une petite route bien escarpée, sous la chaleur écrasante du milieu d'après-midi, à me demander si mon objectif est juste après ce virage-ci ou ce virage-là.

Au bout d'une dizaine de minutes de marche,  je m'arrête sur un gros tronc d'arbre couché le long de la route, légèrement à l'ombre, pour reprendre mon souffle (les activités sportives n'ont jamais été mes matières préférées...). 

Sur le chemin de la mairie. Au loin, le hameau de La Rivière - Collection personnelle
Je réalise que je n'ai pas encore croisé âme qui vive depuis que je suis arrivée dans ce village et me laisse bercer par le calme qui règne sur ce bord de route. 

Après quelques instants, je perçois des bribes d'une conversation et distingue quelques mètres plus bas sur la route trois hommes assez pauvrement vêtus. Ils ont l'air particulièrement joyeux et l'un d'eux porte un paquet dans les bras.

Lorsqu'ils arrivent à ma hauteur, je remarque que ce que je prenais pour un paquet est en réalité un tout petit bébé bien emmailloté, comme on pouvait le faire encore il y a un siècle. 

Ils ont l'air intrigués de me voir et celui qui porte l'enfant m'interpelle : 
" - Bien le bonjour, ma p'tite dame, vous êtes perdue?" 

" - Je cherche la mairie. "

" - Ah, nous y allons justement, vous pouvez venir avec nous, j'y vais déclarer la naissance de mon premier fils Gaston! Je m'appelle Antoine Duvollet et voici mon oncle Edme Duvollet et Germain Millot, le frère de ma femme, qui m'accompagnent. "

En entendant ces mots, je comprends mieux pourquoi ils semblaient étonnés de me voir : je ne sais comment, je me retrouve en juin 1840 devant mon aïeul, Antoine, mais je suis vêtue d'un short en jeans et d'un tee-shirt et je porte mon appareil photo autour du cou. Ils doivent me prendre pour une folle échappée de l'asile ou pour une extra-terrestre! Ils n'ont peut-être pas tort après tout...

Ils ne me posent pas de question sur l'endroit d'où je viens ni la raison pour laquelle je souhaite me rendre a la mairie; aussi, je me garde bien de leur révéler les raisons de mon voyage, je ne voudrais pas les effrayer ou, encore moins, leur mentir.

Je me joins donc à eux avec joie et entame une conversation.

" - Et bien, messieurs, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça monte chez vous! "

" - C'est qu'on est à quelques kilomètres des montagnes du Morvan. Et encore, moi, j'habite à La Rivière, et nous marchons depuis 20 minutes déjà, la plus grande partie en descente. Il faudra bien les remonter au retour. Ça va, nous sommes encore jeunes, j'ai 26 ans et Edme 47 ans. Mais pour mon père, avec qui nous vivons ma femme et moi, le chemin commence à devenir difficile."

" - Je me doute (je me garde bien de leur dire que j'y suis passée en voiture il y a un peu plus d'une heure...) et je me disais qu'en hiver, il doit être bien compliqué d'aller chercher le maire si besoin."

" - Oui, d'ailleurs en janvier 1838, j'ai dû aller déclarer la naissance de ma fille Charlotte. Il avait neigé la veille et la route était verglacée. Il nous a fallu une matinée pour y aller et revenir. Le petit étang que vous voyez là était gelé. J'ai eu peur pour ma petite fille mais le voyage s'est déroulé sans encombre. Et, s'il y a une urgence, le maire n'habite pas à la mairie, vous savez,  il habite un peu plus bas, vers l'église. "

Collection particulière

En disant cela, Antoine me regarde goguenard et je me rends compte qu'il se moque un peu de moi...
" - Et vous, mademoiselle, que faites vous toute seule dans notre petit village ? "

" - Oh, je voyage. Je rejoins ma tante qui habite dans un village un peu plus loin et je suis originaire d'une petite ville près de Paris." Voilà, ce n'est pas tout à fait la vérité mais il n'y a aucun mensonge dans ce que je viens d'énoncer.

" - Ah Paris! Je serai sans doute contraint de m'y rendre bientôt. Je suis manouvrier et le travail se fait de plus en plus rare. Avec la famille qui s'agrandit, ma femme et moi avons besoin d'argent et ce n'est pas ici que nous en trouverons. Il paraît qu'à Paris, il suffit de se baisser pour trouver un emploi, à condition d'être courageux et travailleur. "

Avant que j'aie pu lui répondre et le mettre un peu en garde, il me lance : " Nous y sommes! Voici donc la mairie de Chastellux! "

Je me tourne vers la gauche et effectivement, la mairie est face à moi, a l'écart de toute autre habitation. 

Source : Wikipedia (J'étais tellement ravie de la voir que j'ai oublié de la prendre en photo...)

Je me retourne à nouveau vers mes compagnons de voyage pour les remercier mais il n'y a plus personne. Ils ont disparu!

Je réalise alors que je n'ai fait qu'imaginer cette rencontre et que j'ai bel et bien fait le trajet seule. 

Le sourire aux lèvres, je continue ma promenade et je passe devant le monument aux morts érigé en souvenir des enfants de Chastellux morts pour la patrie puis devant le château des comtes de Chastellux, malheureusement fermé le mardi (dommage, je n'ai pas pu le visiter...)  et appartenant toujours à la famille qui l'a édifié, au XIème siècle.

En rejoignant ma voiture, je me dis que je reviendrai forcément ici, pour continuer à marcher dans les pas de mes ancêtres et qui sait, peut-être faire d'autres rencontres ancestrales...



NB : hormis la rencontre d'Antoine bien sûr, tous les éléments de ce récit sont exacts. J'ai bien croisé deux hommes avec qui j'ai discuté mais ils étaient bien de la même époque que moi, je vous rassure.  En revanche, je ne pense pas que la mairie de 1840 soit réellement celle que j'ai vue, son architecture me paraissant postérieure. Néanmoins, j'ai choisi de faire cette petite entorse à la réalité pour asseoir mon récit.

7 commentaires:

  1. Ces superbes photos témoignent d’un voyage à la rencontre de tes ancêtres. Le #RDVAncestral est au plus proche de la réalité reconstituée, on croit marcher avec toi sur ce chemin !

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    1. Merci Briqueloup pour ce gentil commentaire que je découvre seulement maintenant! Je suis heureuse si j'ai réussi à embarquer un peu les lecteurs avec moi

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  2. Mettre réellement ses pieds dans les traces de ses ancêtres est une joie réelle et, effectivement, imaginer ses ancêtres c'est déjà faire un bout de chemin avec eux

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    1. Merci Catherine pour cette impression partagée. J'ai bien aimé me promener avec eux, même en imagination, c'est vrai

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  3. Eh bien, que voici un joli #RDVAncestral bien troussé ! C'est toujours émouvant de marcher dans les pas de ses ancêtres, les lieux ont certes un peu changé, la mairie n'était sans doute pas la même, mais les chemins, les haies, les montagnes au lointain sont sûrement proches de ce qu'ils ont connus...
    PS : ma fille (de bientôt 27 ans), se prénomme Charlotte, un prénom qui se donnait déjà au milieu du 19e siècle, je vois ;=)
    Marie (@Eperra]

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  4. Oh merci Marie! Je pense effectivement que mon impression de marcher vraiment dans les pas de mes ancêtres a été accentuée par le fait que les lieux ont peu changé depuis le 19è... Et Charlotte est un très joli prénom :)

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  5. J'aime beaucoup le scénario et cette parenthèse temporelle dans ce cheminement vers la mairie ! Ces chemins vallonnés du Morvan s'y prêtent bien en tout cas.

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