mercredi 6 septembre 2017

Petite histoire d'une cloche

Pour ce véritable premier article, je vais vous parler d'un lieu très cher à mon cœur, la terre d'une partie de mes ancêtres : le pays de Lagny, en Seine et Marne.

Et plus particulièrement, Saint-Thibault des Vignes, un petit village de quelques centaines d'habitants jusque dans les années 1970 .

Et encore plus particulièrement, la cloche de l'église Saint-Jean-Baptiste qui me réveillait tous les matins à 7 heures avec l'angélus, avant mon départ pour la Charente. 

Saint-Thibault des Vignes, Saint-Thibault pour les intimes, est le berceau de cette partie de ma famille. J'y suis viscéralement attachée, avec l'impression jamais ressentie ailleurs d'être liée à la terre sur laquelle je marchais. Je ne saurais pas expliquer pourquoi, peut-être est-ce parce que j'y ai énormément de souvenirs, que j'y passais tous mes week-ends étant enfant et que j'y ai vécu.

J'ai trouvé des ancêtres jusque dans les plus anciens registres de la paroisse et certains d'entre eux ont même été enterrés dans l'église. Pour la plupart, il s'agit de vignerons, de paysans... Quelques uns d'entre eux furent maires du village, dont mon "idole généalogique", mon arrière-grand-père paternel dont j'espère vous reparler très vite.

Et pour revenir au sujet qui nous occupe aujourd'hui, à cette fameuse cloche, il se trouve que là encore, ma famille a un lien avec elle !

Carte postale - vers 1910 -  collection personnelle

L'église Saint-Jean Baptiste fut construite au moment de la fondation du prieuré à la fin du XIème siècle.
Au XIVème siècle, le clocher fut remanié et en 1749, une nouvelle cloche fut fondue et bénie. Sa marraine était Marguerite Victoire AUGIER, épouse de Philippe THOMÉ, seigneur de Rentilly et conseiller au Parlement de Paris1. On pouvait lire sur cette cloche l’inscription suivante :

« L’an 1749, j’ai été bénie par
Me Pierre Vincent prestre curé
De cette paroisse est nommée
Marguerite Victoire
Par Me Antoine Louis Lambert
Prestre docteur de
La maison et société de Sorbonne
Prieur seigneur spirituel et temporel
De ce lieu et dépendances et par dame
Marguerite Victoire Augier Thome
Epouse de Me Philippe Thome
Conseiller en la grande chambre du Parlement
De Paris, seigneur de Rentilly et
Autres lieux.
M. Antoine Pierre Gabriel Chauvigny,
Marguiller. »

Cette cloche a été épargnée par la Révolution mais elle a été remplacée en 1899 par la cloche actuelle.

C'est le conseil municipal de Saint-Thibault qui décida de commander une nouvelle cloche à la fonderie CROUZET-HILDEBRAND à Louviers. Quelques années auparavant, cette fonderie avait réalisé notamment quelques cloches du carillon du beffroi de Bergues, désormais célèbre, des cloches du carillon de l'église Saint-Henri au Creusot (71), classées monument historique. Cette fonderie réalisera quelques années plus tard une cloche pour l'église Saint-Edouard de Montréal. D'après l'annuaire de l'Union fraternelle du commerce et de l'industrie de 1897, la fonderie Crouzet-Hildebrand aurait également réalisé la sonnerie de la basilique Notre-Dame de Lourdes. 

Cloche de l'église de Saint-Thibault, Service culturel de Saint-Thibault

Le financement fut assuré par la municipalité et par quelques dons particuliers. Le baptême de la cloche de Saint-Thibault fut célébré en grandes pompes le 29 octobre 1899 et pour l'occasion, l'évêque de Meaux avait fait le déplacement dans ce petit village de 300 âmes.
On retrouve trace de cet événement dans les journaux de l'époque, notamment religieux bien sûr2. D'après ces articles, l'église était trop petite pour accueillir toutes les personnes souhaitant assister à la cérémonie. Il y avait là le conseil municipal, le clergé de Lagny (le chanoine, le maître de chapelle, l’aumônier...), M. et Mme Georges Paquier, les parrains de la cloche, libraires à Lagny et propriétaires d'une maison et de terrains à Saint-Thibault, du fait de l'ascendance théobaldienne de Madame Paquier.

Et voilà le lien avec ma famille! Georges et Marie Emma Hélène Paquier sont mes arrière-arrière-grands parents paternels.
 
L’aumônier adressa, paraît-il, quelques paroles émues et vibrantes sur le rôle de la cloche « qui chante nos joies et nos douleurs ». 3

La nouvelle cloche fut baptisée Emma Georgette Alice, du prénom de la marraine, Mme Marie Emma Hélène Paquier, et des prénoms de ses deux filles, Georgette (mon arrière-grand-mère, alors âgée de 13 ans) et Alice.

Une fois le baptême célébré, une réception fut donnée en l'honneur de l'évêque de Meaux par M. et Mme Paquier, dans leur « Villa », rue de Lagny.

L'église Saint-Jean-Baptiste est classée monument historique depuis 1974. 

Publicité parue dans l'annuaire de l'Union fraternelle du commerce et de l'industrie, 1897, Gallica.bnf.fr


NB : J'ai écrit cet article en 2011; pour cette publication sur le blog, j'ai simplement ajouté la présentation du début et quelques éléments de contexte. Il est distribué lors des Journées du Patrimoine à Saint-Thibault.


1Annales du pays de Lagny, Tome 1, p. 171, Jacques Amédée LEPAIRE
2Voir par exemple, Le Journal de la Brie du 1er novembre 1899 (AD77)
3 Extrait du journal catholique « La Croix de Seine et Marne » du dimanche 12 novembre 1899 (AD77)

2 commentaires:

  1. de Rose l'Angevine, je découvre grâce à Feuilles d'Ardoises votre blog réactivé. Bien que n'étant pas d'origine de Lagny et de Saint-Thibault, l'histoire de la cloche de votre village me passionne.
    Son baptême me rappelle que la grand-mère du Bordelais de mes enfants avait assisté au baptême d'une nouvelle cloche de son petit village d'alors (depuis une petite ville). Quelle chance pour vous d'avoir des traces d'une ancêtre sur une cloche !

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    1. Bonjour Rose l'Angevine et merci de votre gentil commentaire ! C'est effectivement une chance et j'en suis fière. Je regrette juste de ne pas avoir pu aller la voir de plus près dans son clocher. On ne me l'a pas autorisé pour des raisons de sécurité, il me semble.

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