samedi 17 février 2018

Pauvres ancêtres - #RDVAncestral Février 2017

Le 5 mai 1832, à Pont-Sainte-Maxence, à une cinquantaine de kilomètres au Nord de Paris. Il est environ deux heures de l'après-midi.
C'est une belle journée de printemps, il fait doux, la verdure a refait son apparition, les arbres fruitiers sont en fleurs. On devrait voir des gens dehors, bien installés afin de profiter de ces premiers beaux jours après l'hiver.

Et pourtant, si je croise bien des gens dans les rues, ils ne profitent pas du beau temps pour flâner. Au contraire, on ressent une certaine agitation et une grande inquiétude dans la ville.

Et c’est bien compréhensible. 

En effet, depuis quelques semaines, l’épidémie de Choléra Morbus sévit dans la petite cité, après avoir fait des ravages à Paris et dans d’autres villes alentours. 


Aujourd'hui, j'ai choisi d'aller à la rencontre de Jean Dominique Barbiot, mon SOSA 240. C'est un jour extrêmement triste pour lui : son fils Pierre Dominique vient de mourir des suites de cette terrible épidémie à l'hospice civil de la ville, à l'âge de 37 ans. Pierre Dominique était né le 1er Brumaire an III à Pont et c'est le frère de mon SOSA 120, François Désiré Barbiot.

J'aperçois Jean Dominique sur le chemin de l'hôtel de ville alors qu'il s'apprête à y déclarer le décès.

Il est âgé de 66 ans. Il a les cheveux blancs, le dos un peu voûté et est habillé d'un costume marron assez bon marché et chaussé de sabots de bois. Après avoir exercé les métiers de tanneur et de journalier, il est aujourd'hui jardinier et vit dans une assez grande misère. Ainsi, le recensement de 1831 nous indique qu'il n'est pas soumis à aucun impôt local : ni contribution foncière, ni contribution mobilière, ni contribution des patentes ni la célèbre contribution sur les portes et fenêtres. 

Il me parait digne dans cette épreuve ; sans doute s'y était-il préparé. Pierre Dominique était malade depuis très peu de temps mais les symptômes du choléra sont si violents et impressionnants que le médecin avait préféré le faire entrer à l'hospice. En outre, à la fin du mois d'avril, il y avait déjà 19 décès liés au Choléra Morbus sur les 109 cas recensés, d'après les bulletins sanitaires publiés quotidiennement. 

Pour cette formalité, il est accompagné du garde-champêtre. En m'approchant d'un peu plus près, alors que je m'apprête à lui parler, je m'aperçois qu'ils sont en grande discussion et Jean Dominique semble tout de même en colère :

" Il parait que les gens de Paris veulent obliger tous les propriétaires à installer des latrines fermées, à paver les cours et interdire de jeter les détritus dans la rue. Moi, je comprends bien, mais comment on fait, nous qui avons déjà du mal à nourrir convenablement nos familles?
On voit bien que la plupart des malades sont des pauvres gens qui vivent dans des maisons qui tombent en ruines, dans des rues étroites jonchées d'ordures mais ils ne vivent pas là par plaisir.
" On a pourtant tout fait de ce que prescrit la Commission sanitaire : on a couché Pierre après l'avoir enveloppé dans des couvertures de laine, on a essayé de calmer ses frissons comme on a pu, on lui a faire prendre des tisanes de plantes aromatiques tous les quarts d'heure... Rien n'y a fait... Je ne comprends pas...
Avis émis par le Préfet de Seine-et-Marne le 23/08/1832 - © Blog La part de Brie
" Et je crois que les docteurs n'en savent pas beaucoup plus que nous. Ils se contentent de prescrire des infusions ou des bains de jambes. Je ne les blâme pas, je voudrais comprendre ce qui est arrivé à mon fils.
" Malheureusement, je pense que personne ne sait vraiment comment arrêter ces morts. La preuve, tu as vu, Monsieur le Curé a offert une pièce du presbytère pour y installer les malades, au cas où il n'y aurait plus de place à l'hospice...
"Et maintenant, que vont devenir sa femme et ses 4 enfants? Le plus jeune a à peine 5 ans. Ma femme et moi, on pourra peut-être les aider un peu, mais on a encore une grande fille à charge et je suis vieux et fatigué. Son frère aussi, François, sans doute également, mais lui et sa famille, eux non plus, ils ne mangent pas tous les jours à leur faim."

Je renonce à parler à Jean Dominique. Que pourrais-je lui dire ? Que la situation de sa famille va s'arranger? Je ne pense pas que ce soit vrai malheureusement. Que l'épidémie va cesser rapidement? C'est faux. Que les médecins vont trouver un remède efficace contre le choléra? Cette découverte n'interviendra que bien plus tard.

Je reste un peu désemparée face à ce père qui vient de perdre son fils. Pour un prochain rendez-vous ancestral, j'aimerais bien - enfin - croiser un ancêtre heureux...

***

L'épidémie de Choléra Morbus arrive en France en mars 1832, après avoir touché d'autres pays européens : la Russie, l'Allemagne, le Royaume-Uni. Cette épidémie touchera une grande partie de la France : de la Seine et Marne aux Bouches-du-Rhône, en passant par le Finistère, la Moselle, l'Ariège...
Le choléra fera 19 000 victimes à Paris en 6 mois, autant à Marseille. Au total, 100 000 personnes décéderont du Choléra pendant cette épidémie, entre mars et septembre-octobre 1832. Parmi les milliers de victimes anonymes, il y a eu quelques cas célèbres dont le Président du Conseil de l'époque, M. Casimir Périer, mort du choléra le 16 mai 1832 à Paris.

A Pont-Sainte-Maxence, elle fera 87 morts d'après Wikipedia. Dans le village de Pontpoint, limitrophe à Pont, l'épidémie aurait fait 300 victimes sur les 850 habitants qu'il comptait en 1831. 

Le roman Le Hussard sur le toit de Jean Giono se déroule en Provence pendant cette épidémie de 1832.

lundi 15 janvier 2018

Un prénom et ses variantes #Geneatheme Janvier 2018

Un Chrisostome, des Charlemagne, une Archange, un Appolon, un Baune, une Domitille (dont les autres prénoms sont Prudente Parfaite), des Fursy (Furcy) dont un Fursy Cléophée, une Emerentienne, un Engleberte, une Fébronie, un Florus, des Gentien, des Geoffrine, une Hombertine, un Leufroi, un Lupicin, un Onézime, un Polycarpe, un Polydore, des Renelde, une Restitude, une Scholastique, une Sébille, des Sédulie, des Servais et Servaise, un Solon, une Zélina, un Zénobe, une Zoline et une Zulmée.

Et j’en oublie sans doute, des prénoms originaux présents dans ma généalogie...

Certains reflètent la période à laquelle la naissance a eu lieu ou les opinions politiques des parents, d’autres font honneur à des saints oubliés, d’autres encore rappellent des prénoms d’origine germaniques, d’autres enfin sont totalement obscurs aujourd’hui. 

Autant dire que j’ai longuement hésité avant de choisir le prénom dont j’allais parler pour mon premier Geneatheme...

Mais finalement, j’ai décidé d’évoquer un des prénoms les plus récurrents dans ma généalogie, après les traditionnels Jean, Pierre et autres Marie. 

Celui dont je veux parler aujourd'hui est donc porté par 15 personnes dans mon arbre, dont 2 Sosas, et y existe sous 4 orthographes différentes.

Il s'agit du prénom masculin Agapit, ou Agapite, ou Agapitte ou Agapithe. Je trouve d'ailleurs ces 4 orthographes pour un seul et même ancêtre, mon sosa 160 (Génération 8). 

 
 On peut également trouver comme variantes Agapet, Agapé ou Agapi.

Agapit vient du grec Agapê signifiant amour. En espérant que ce soit de bon augure pour tous les porteurs de ce prénom dans ma généalogie...

L'origine de ce prénom viendrait d'un diacre prénommé Agapetos qui fut martyr à Rome, pendant la persécution de Valérien, d'après Geneanet. Un pape a d'ailleurs porté ce prénom entre 535 et 536.

Geneanet indique que la Saint-Agapit se fête le 6 août. Un autre site indique quant à lui que ce saint est célébré le 22 août (https://nominis.cef.fr/contenus/prenom/3155/Agapit.html).
 
Pour ma part, j'ai rencontré ce prénom uniquement dans le département du Nord et en Belgique. Et pour la plupart des occurrences, les porteurs se transmettent ce prénom de père en fils sur au moins 5 générations.


Mon premier porteur identifié est né en 1693 à Mairieux (59) et le dernier en 1858 à Bertry (59). 

Cela correspond aux données présentes dans les autres arbres sur Geneanet : 

Évolution de la fréquence du prénom Agapit (Source : Geneanet)

On peut également trouver l'évolution des prénoms Agapite et Agapithe mais globalement, le pic se situe à la même période, entre 1750 et 1800. Je ne saurais expliquer pourquoi. Et toutes ces variantes disparaissent complètement fin XIXème - début XXème. La mode est passée...

Et pour finir, un petit dicton : "Pour Saint-Agapit, si tu ne veux pas suer, enlève tes habits"!! 

Ceci est ma première participation au #Geneatheme proposé tous les mois par Sophie Boudarel de la Gazette des ancêtres

jeudi 4 janvier 2018

Adieu 2017 et bienvenue 2018!

 
 
Cette année 2017 fut pour moi une année importante sur le plan de la généalogie.

Ce fut d'abord les échanges de mails avec une cousine éloignée que je connais mais que je n'ai pas vue depuis longtemps. En commençant à faire de la généalogie, elle avait vu mon arbre sur Geneanet et m'avait laissé un message. Grâce à elle, je me suis plongée dans la généalogie de ma lignée maternelle, que j'avais un peu mise à l'écart. 

2017 fut aussi pour moi la découverte de la "communauté généalogique" de Twitter, passionnante et bienveillante - deux qualificatifs plutôt rares sur les réseaux sociaux.

Et grâce à cette communauté, j'ai (re)découvert le plaisir d'écrire sur la généalogie. J'avais commencé à écrire pendant ma participation au Diplôme universitaire de généalogie de Nîmes - pas vraiment le choix, me direz-vous. C'est vrai mais j'ai pris plaisir à le faire... Sauf que la vie a fait que je me suis éloignée de mes terres et de mes sources de recherche.

Et cette année, j'ai découvert le ChallengeAZ grâce au blog des anciens du DU qui m’a permis de participer sur une lettre. Le virus a alors commencé à s’immiscer à nouveau en moi... Puis le Rendez-vous Ancestral, et là, ce fut la véritable révélation.
Après avoir lu et adoré les articles publiés lors de deux « sessions », j’ai osé me lancer et, miracle, le personnage s’est imposé de lui même - d’elle-même en l’occurrence - et la rédaction a été très facile. 

Ce n’est pas le cas pour chaque numéro malheureusement (notamment pour certains ancêtres plus proches de moi) mais le plaisir d’écrire est toujours là.

Et 2017 enfin fut l’année de la renaissance de ce blog que j’avais même oublié avoir créé. 
Je n’ai malheureusement pas publié autant d’articles que je l’aurais souhaité mais il a le mérite d’exister et de me permettre de publier un article quand j’en ai envie, sur un support autre que Facebook qui ne m’avait pas convaincue quand je me suis lancée dans l’aventure du #RDVAncestral. 

Pour 2018, je me souhaite donc de continuer à écrire, idéalement plus régulièrement qu’en 2017. Je pense aller piocher des idées dans le compte-rendu de la discussion sur le blog de Geneatech .

J’ai quelques billets en tête, quelques projets aussi, le Rendez-vous Ancestral aussi bien sûr... 
Le geneatheme de janvier m’inspire assez également.
En revanche, le ChallengeAZ m’effraie un peu donc, sauf idée lumineuse d’ici là, je n’y participerai pas cette année. Mais je lirai bien sûr avec beaucoup d’attention les billets des geneablogueurs courageux et endurants qui se lanceront dans l’aventure! 

Il faudra bien que j’arrive à vous parler de Charles D. qui me pose bien des difficultés pour reconstituer sa vie mouvementée. Je crois que je vais commencer par faire un article sur ce que j’ai déjà découvert. Vous aurez peut-être des idées pour défaire tous les nœuds restants... 

Et puis, il y a cette caisse aux trésors généalogiques que je connais et triture dans tous les sens depuis mon enfance... Il est temps de l’observer un peu plus attentivement et de vous présenter certains personnages... 

Ma malle aux trésors

Voilà, si je parviens à tenir le cap et à conserver le plaisir d’écrire, je devrais arriver sans trop d’encombres en 2019...

En attendant, à vous tous, je vous présente mes meilleurs vœux pour cette année qui commence qui j’espère vous apportera de petits et grands bonheurs, en généalogie bien sûr mais pas seulement... 

 



samedi 16 décembre 2017

A l'approche de Noël - #RDVAncestral décembre 2017



Pinterest
 
En ce mois de décembre, comme beaucoup, je suis en plein dans les cadeaux de Noël pour mes proches. Et pour mes parents, suite à une remarque du genre « Je ne comprends rien à ton logiciel mais j’aimerais bien t’aider », j’ai cherché une idée originale pour leur présenter leur généalogie et j’ai donc décidé de leur offrir à chacun un livre généalogique. 

www.livre-genealogique.fr

Mais bien sûr, je compte bien leur offrir entièrement complété, du moins complété en fonction de l'avancée de mes recherches à ce jour. 
 
Et donc, depuis 10 jours, je suis en rendez-vous ancestral quasi quotidien avec 64 ancêtres de chacun de mes parents, donc avec 128 de mes ancêtres. 

Je rencontre donc à nouveau des ancêtres proches ou plus éloignés, certains que je connais bien parce que j’ai eu la chance de les côtoyer (bonjour mémé!, bonjour mamie!), certains que j’ai l’impression de connaître car j’ai beaucoup étudié leur vie (bonjour mon cher Georges!, bonjour Pierre!) et d’autres que je ne connais que par leur nom, sans aucun autre élément de vie  (bonjour Elisa!, bonjour François!).

Je rencontre également leurs frères et sœurs, souvent nombreux. 

Je remarque certains détails passés jusque là inaperçus, comme ces frères portant le même prénom et que je soupçonne d’être en réalité un doublon.

Je me surprends à leur parler, à leur poser des questions (Dis donc Philomène, tu ne voudrais pas me donner une indication sur ton lieu de décès, je n’ai plus trop d’idée où chercher...? Et toi ma petite Louise, est-ce que tu as eu d’autres enfants? Deux seulement séparés de quinze ans, ça m'étonne vu l'époque. Bon, je vais les noter au crayon de papier, ce sera mieux si je dois modifier...). Malheureusement, ils ne me répondent pas beaucoup en ce moment, ils doivent être occupés ailleurs...

Et enfin, il y a tous ceux dont j’ignore tout, même le nom, et qui me font laisser des pages blanches dans ces livres. Et j’avoue que j’ai comme un pincement au cœur en tournant ces pages sans rien y inscrire...

Malgré tout, ces petits rendez-vous me donnent le sourire et me font aimer de plus en plus la généalogie. D'abord, les pages blanches me font présager des heures et des heure de recherches et de belles découvertes.Ensuite, je me sens proche de tous ces gens, j’ai de l’affection pour eux, même les plus anciens et même ceux dont je ne sais rien, liés que nous sommes par les liens du sang (du moins, parfois, les liens du sang officiels...).

Je me doute bien qu’ils sont moins parfaits que la représentation que je me fais d’eux. Pour certains, j’en ai même la preuve mais il m’est impossible de les juger. Je n’ai pas vécu leur vie, à leur époque, avec les difficultés de toutes sortes qu’ils ont pu rencontrer. Et même si les archives sont riches en France, je ne peux m'empêcher de penser que je ne saurai jamais complétement ce qui a pu les conduire à agir de telle ou telle façon. 

Bon, toutes ces considérations sont bien belles, mais les livres ne se remplissent pas tout seuls! Il faut que j'y retourne si je ne veux pas finir pendant le réveillon du 24, alors que ma famille dévorera la bûche... 

Archives personnelles

samedi 18 novembre 2017

Un hiver dans le Jura - #RDVAncestral


Guillaume du blog Le Grenier des Ancêtres nous invite tous les mois à remonter le temps pour partir à la rencontre d'un ancêtre et à raconter ce rendez-vous.


Ce mois-ci, j'avais envie de partir à la découverte de mes ancêtres paternels, dans le Jura. Je me trouve donc au Vaudioux, dans ce petit village près de Champagnole, dont sont originaires mes ancêtres paternels et là où, par hasard, j’ai fait mes premiers pas.

Par contre, je n'arrive pas à déterminer l'époque. Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas le XXIème siècle. Pas de voitures, pas de lignes téléphoniques, et surtout pas d’église. Donc avant 1837.

Il fait très froid et la neige a envahi le village. Tout est blanc et silencieux. La neige épaisse craque sous mes pieds et j’aime la sensation que cela procure. Il faut dire que cela m’arrive rarement, à moi la parisienne émigrée en Charente.

En passant devant une petite maison du cœur du village, j’entends une femme hurler.  
Inquiète pour elle, je m'approche et me décide à pousser la porte. Je découvre alors une grande agitation. 

Des femmes vont et viennent sans cesse entre la pièce principale et une autre pièce que j’imagine être la chambre à coucher. Deux hommes sont attablés, près du feu, l’air un peu perdu. Personne ne fait attention à moi.

L'intérieur est assez simple, peu meublé, comme la plupart des habitations des paysans du XVIIIème siècle. Quelques bougies sur la table éclairent la pièce.

Un nouveau cri retentit de la pièce d’à côté. Je comprends qu’il s’agit d’une femme en train d’accoucher et visiblement, cela ne se passe pas sans difficulté. 

Soudain, l’une des femmes revient dans la pièce et interpelle les deux hommes : «L'enfant est pratiquement sorti mais il y a de grands risques pour qu’il ne survive pas. Il faudrait procéder à l’ondoiement. Léonard, peux-tu venir m’aider? »

Sur ces mots, tout s’éclaire. Je suis donc dans la maison d’Alexis Paget et de sa femme Geneviève Paris, le 8 janvier 1767. J’assiste à la naissance de leur deuxième enfant, un petit garçon et Léonard est le frère d’Alexis et mon ancêtre, mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père.
Et parmi les femmes qui aident Geneviève, l’une d’elles doit être Marie Anne Paris, la femme de Léonard et la sœur aînée de Geneviève.

Alexis attrape le bras de son frère et le retient alors que Léonard se lève : « Fais tout ton possible, je ne veux pas que cet enfant erre dans les limbes, sa mère en deviendrait folle. »
« Je te le promets, Alexis. Et quand tout sera fini, on ira à Chatelneuf voir le curé ». 

En entendant ces mots, je fouille dans ma mémoire et réalise qu’il y a à peine plus d’un an, Alexis et Geneviève ont perdu leur premier enfant, un petit garçon prénommé Jacques et âgé de quelques jours seulement. 
Je n’arrive pas à imaginer le déchirement que ce doit être alors je n'ose imaginer ce que ce doit être de connaitre cette terrible situation plusieurs fois dans sa vie. Ajoutez à cela le poids de la religion et l'importance du baptême dans la vie de nos ancêtres... 
Je réalise alors un peu plus la chance que j’ai de vivre là où je vis et à l’époque à laquelle je vis...

Banque d'images et de portraits - Cote : CISB0806 - BIU Santé Paris

L’avantage (ou pas?) de ces rendez-vous ancestraux est que ceux qui s’y aventurent connaissent souvent la fin de l’histoire. 

Et justement, sachant que cette histoire ne se terminera pas bien, je sors discrètement de la petite maison pour laisser cette famille vivre ce moment en paix. 

En effet, selon le registre paroissial de l'église de Chatelneuf, Léonard procède finalement à l’ondoiement par « infusion de l’eau sur le ventre » du bébé qui était sorti « sauf la tête ».
Une demi-heure plus tard, c'est un petit garçon qui naît mais malheureusement les parents n'auront pas le temps de lui donner un prénom puisqu'il décède quelques minutes plus tard. Le lendemain, le 9 janvier, il est inhumé dans le cimetière de l’église de Chatelneuf, à 3 km du Vaudioux, dans le froid et la neige de l'hiver jurassien.

La petite église de Chatelneuf, avec son clocher typiquement jurassien, et son cimetière. Wikipedia

mercredi 25 octobre 2017

Des hommes de bonne volonté


Non, non, le blog n'est pas retombé dans l'oubli! 

Simplement, les journées sont un peu chargées en ce moment et je vous prépare un article (ou une série d'articles, je ne sais pas encore...) sur un sacré personnage.

Donc en attendant Charles, une petite anecdote relevée dans les registres paroissiaux de Saint-Thibault des Vignes (Cote 5MI1863 vue 65 aux archives départementales de Seine et Marne). 

L'orthographe d'origine est conservée, seuls les noms ont été supprimés. 

Source : cassini.ehess.fr

"L'an mil sept cent soixante et dix neuf,  le troisième jour du mois de janvier, se sont assemblés au son de la cloche, à l'issue de la messe parroissialle tous les habitans à la réquisition de moy curé pour demander et engager tous les habitans à se prêter volontairement et à l'amiable à faire une corvée pour réparer le chemin descendant au grand chemin de Lagny, lequel est appellé rue creuse, laditte corvée a été acceptée tout à coup par les dits habitans dès le lendemain quatre du même mois ils y ont procédé avec leurs outils et ustencilles nécessaires. Le Sieur J.B. M. a prêté sa voiture complète pendant trois jours, le père P. S. s'y était engagé également pour sa voiture mais dès le premier jour son essieu étant venu à casser, il n'y a pas fait suppléer. Mr F. marchand à Lagny est venu lui même avec sa voiture pendant deux jours, G. de Gouvernes y est venu aussi avec sa voiture une journée. Toute l'ouvrage a continuée le quatre, le cinq, le sept, le neuf. Tous les habitants se sont prêtés de si bonne grâce, excepté (...) que j'ai fait distribuer tous les matins de l'eau de vie aux ouvriers, il y a eu sept pintes d'eau-de-vie de consommées. J'ai fournie et payé en sus deux voitures chaque jours les trois derniers jours à huit livres par jour chacune, soit quarante huit livres. Les dits habitants m'ont fait part et promis continuer chaque année travailler ainsi à bonifier les chemins de tous côtés en en faisant un peu chaque année y employant dans les plus forts six jours en partageant toute la paroisse en trois pour chacun deux jours et dans les moindres corvées en trois jours partageant toute la paroisse en trois pour chacun un jour. Cet acte servira à ce que de raison tant pour moi que pour mes successeurs tant pour juger et se ressouvenir de ceux qui se sont prêtés de bonnes grâces et que pour ne pas oublier à suivre et à renouveler auxdits habitants leur promesse et leur engagement à réparer chaque année les chemins ce qui produira un bien réel au pays et un honneur qui en restera auxdits habitants. Fait à Saint-Thibault ce dix janvier mil sept cent soixante et dix neuf. "

Une pinte de Paris, si j'en crois Wikipedia, équivaut à 952,146 ml.
Je vous laisse le soin d'apprécier si la consommation de 7 pintes d'eau-de-vie (donc environ 7 litres) pour 4 jours de travail est excessive ou non...

lundi 25 septembre 2017

Ma mémé Philomène à moi

 
Il y a quelques temps, comme cela arrive souvent, un vent de folie a traversé le Twitter généalogique. Les mémés Philomène ont surgi de partout, de tous les coins de France et de Navarre, et même d'outre-atlantique. Un hashtag est né : #TeamPhilomène

Et il se trouve que j'ai, moi aussi, MA Philomène : Philomène VIENOT, mon arrière-arrière-grand-mère paternelle.  

Jeanne Philomène Vienot. Collection personnelle

Ma mémé Philomène est née le 9 octobre 1838 à Voillans, près de Baume les Dames, dans le Doubs. Son nom complet est Jeanne Philomène Vienot, mais son prénom usuel est bien Philomène, comme en atteste sa signature. 

AD Paris, XIème arrondissement, 1877, V4E 3972 vue 11

Elle est la fille naturelle de Jeanne Baptiste Vienot, couturière de 20 ans domiciliée à Voillans. 

Pour une raison que j'ignore encore, elle monte à Paris où je la retrouve pour son mariage avec Cyrille Paget, à la mairie du XIème arrondissement le 15 novembre 1877. Elle est alors âgée de 39 ans et habite 52 rue de Montreuil, dans cet arrondissement et n'exerce pas de profession. 

Il s'agit de son premier mariage mais du second pour Cyrille, cocher de fiacre domicilié au 36 rue de la Roquette. Cyrille est également franc-comtois : il est né à Doucier, dans le Jura, le 20 décembre 1823.

Cyrille Paget. Collection personnelle

Ce couple est le premier de ma lignée paternelle à quitter la Franche-Comté et fonde mon ascendance parisienne. 

Ensemble, ils auront un enfant, François Gustave Paget, né le 3 mars 1881, au 110 rue de la Roquette, toujours dans le XIème arrondissement de Paris. Il s'agit de mon arrière-grand-père. 

François Gustave, soldat pendant la Guerre du Tonkin. Collection personnelle

Je ne sais encore ni où ni quand est décédée ma mémé Philomène. Mon grand-père, qui a réalisé une partie de son arbre généalogique à une époque où internet n'existait pas, avait simplement indiqué une date : 1893. 

J'ai écumé les tables décennales de tous les arrondissements parisiens pour les décennies 1883-1892 et 1893-1902 sans y trouver son nom...

Je continue de chercher mais je crains qu'elle et son mari ne soient repartis dans le petit village du Jura berceau des Paget, pour leurs vieux jours. Et, si c'est le cas, je suis dépendante du bon vouloir des AD quant à la mise en ligne des registres...

Affaire à suivre...

Edit du 12/02/2018:
Lors de la mise en ligne des registres d'état civil de la totalité des communes du Jura par les archives départementales, je me suis précipitée dans ceux du petit village dont je vous parlais précédemment. J'ai finalement trouvé la date de décès de ma mémé Philomène mais manque de chance (encore...), les registres d'état civil sont numérisés jusqu'en 1892! Et les TD m'indiquent qu'elle est décédée le 24/05/1893.
Mais grâce à l'entraide généalogique de FranceGenWeb, je viens de recevoir une copie de cet acte. Je remercie d'ailleurs encore une fois ici les bénévoles jurassiens pour leur rapidité et leur efficacité.

Fin du mystère donc : Ma mémé Philomène est bien décédée le 24 mai 1893 à l'âge de 54 ans, dans le village du Vaudioux, où elle s'était retirée quelques années auparavant avec sa famille. Elle laisse d'ailleurs un petit garçon de 12 ans orphelin.

 

#Defi2706 : Un mariage en 115 mots

Dans le cadre du premier salon virtuel de généalogie, l’association Geneatech réunissant une communauté de généablogueurs nous la...